Ostensions de Chaptelat

Depuis plus d’un demi-siècle, les habitants de Chaptelat célèbrent tous les sept ans des ostensions en l’honneur de saint Eloi, natif de la commune. L’année 2016 est une année ostensionnaire. Nombreux sont les habitants, anciens et nouveaux, qui se préparent aux festivités le 12 juin 2016. Les quelques lignes qui suivent ont pour objectif de dresser un tableau historique de cet évènement, à l’aide de photographies et de textes tirés des deux ouvrages suivants :

Présence de saint Eloi, enfant de Chaptelat et splendeur de son siècle, Mémoire du canton de Nieul, 1991 (réédition en 2002), p. 69-71.

ALLARD Jean-Marie et CAPOT Stéphane, Une histoire des Ostensions en Limousin, Limoges, 2007, p. 90.

Saint Éloi est une personnalité de premier plan, d’envergure nationale, né à Chap­telat à la fin du VIe siècle. Nous devons ce renseignement ainsi que beaucoup d’autres sur sa vie et sa carrière à un long récit dont l’essentiel est peut-être dû à l’un de ses compagnons, saint Ouen, évêque de Rouen au VIIe siècle. Éloi fut apparemment mis en apprentissage chez Abbon, l’orfèvre responsable de l’atelier monétaire royal implanté dans la cité de Limoges, puis envoyé à Paris auprès de Bobbon, orfèvre royal. Il aurait été remarqué par Clotaire II qui non seulement lui passa commande d’objets orfévrés mais encore et surtout lui confia d’importantes responsabilités, en particulier dans le domaine monétaire. Dagobert donna à Éloi le domaine de Solemniacum (Solignac), à faible distance de Limoges, où il réalisa la première fondation monastique du Limousin vers 630-632. C’est également vers cette époque qu’il aurait racheté Theau, un jeune esclave saxon. Une fois Dagobert disparu, la carrière d’Éloi prit une direction nouvelle. Ayant résolu de consacrer l’essentiel de son énergie a la christianisation des pays flamands et nordiques, il fut ordonné, vers 640, évêque de Noyon où il mourut vers 660 et y fut enterré. Son rayonnement avait été tel que déjà un an après sa mort il fut considéré comme un saint. Le succès ne semble être véritablement venu qu’à partir du XIIe siècle. En 1157 eut lieu à Noyon une nouvelle translation à l’issue de laquelle les moines de Solignac parvinrent à se faire octroyer une relique insigne de leur fondateur, son bras droit. Mais il n’y a plus trace aujourd’hui ni de la relique ni de son réceptacle.

Bernadette Barrière

Buste-reliquaire de saint Éloi à Chaptelat, bois peint et doré, XVIIIe siècle, Chaptelat.

Les reliques vénérées à Chaptelat ont été acquises auprès du chapitre de Noyon en 1883 grâce à l’obstination du curé Pierre-Célestin Rousseau qui témoignait d’une grande dévotion envers le saint évêque de cette ville. Il désirait développer un culte sur le lieu même de la naissance d’Éloi. Il est à l’origine des ostensions de Chaptelat qui commencèrent en 1845 et se déroulaient alors chaque année le jour de la saint Éloi d’été (25 juin), date de la translation à Noyon des reliques du saint en 1157.

« Tout a commencé en 1845 avec la venue comme curé de Chaptelat d’un prêtre originaire du diocèse de Cambrai, l’abbé Rousseau; or, ce prêtre, comme tous ses confrères du Nord, avait une grande dévotion à saint Eloi, évêque de Noyon et de Tournai au VIIe siècle. Il savait que Saint Eloi était né a Chaptelat en 588. Aussi entreprit-il de développer son culte dans sa petite patrie. Très actif, il inaugura des processions qui avaient lieu tous les ans au mois de juin et qui partant de l’église que la tradition veut avoir été construite a l’emplacement de la maison natale, se rendaient dans le parc de Sourue où existait une source dont il est question dans l’article sur les légendes. On érigea dans le parc, au-dessus de la source une statue de saint Eloi. Dans le socle est gravée la date de décembre 189l.

      Au début du XXe siècle le culte et les processions s’affaiblissent et disparaissent pratiquement. Il faudra attendre le lendemain de la guerre 1939-1945 pour qu’un nouveau curé de Couzeix-Chaptelat l’abbé Beldio reprenne les antiques coutumes et organise chaque année, en juin des processions reprenant le même parcours. Sur cette lancée, en 1952 l’Abbé Beldio demande à Monseigneur Rastouil, évêque de Limoges, de vouloir bien inscrire une ostension a saint Eloi à Chaptelat, la paroisse possédant une relique que le curé Rousseau avait obtenue du Chapitre de Noyon.

       Ostensions de 1953 : en présence des autorités religieuses et d’une foule de pèlerins venue de Couzeix, Beaune, Nieul, Chaptelat. Pour cette première ostension un autel fut dresse au pied de la statue de saint Eloi près de la fontaine miraculeuse. Un vaste podium fut construit et en raison de la zone marécageuse, un gros pieu fut enfoui en force sous les poutres dont la portée dépassait 4 mètres. Le lendemain lors de la démolition du podium il fut constaté que le pieu s’était enfoncé de plus de 30 centimètres sous le poids des pèlerins. Il ne manqua pas de personnes présentes pour affirmer que saint Eloi avait renforcé les poutres pour les empêcher de se briser et de projeter les pèlerins ostensionnaires dans le marécage. Le cortège se forma sur la place de l’église après réception des paroisses avec leurs reliques, des confréries limousines avec la petite chasse de saint Martial. On notera également la participation de la Villageoise de Couzeix et de la Chorale des O.M.I. de Solignac au cours de la grand-messe solennelle. Après la procession et le retour à l’église, vénération des reliques, chants et dislocation en fin de matinée.

        Ostensions de 1960 dans le parc de Sourue. Les cérémonies se déroulent comme précédemment, mais plus simplement et avec un aménagement en raison de la zone marécageuse.

        Ostensions de 1967 : le jour de l’ouverture des ostensions limousines l’abbé Beldio fit faire une reconnaissance de la relique de saint Eloi. Frappé d’une congestion cérébrale, il ne put assumer l’organisation des ostensions de Chaptelat prévues pour le 28 mai 1967. En raison du mauvais temps l’autel fut dressé sous l’auvent de l’église, la pluie ayant cessé, la procession eut lieu comme d’habitude.

       Ostensions de 1974

       Ostensions de 1981 : encore le mauvais temps, mais les disciples de saint Eloi ne renoncent pas, une tente permit à Monseigneur Gufflet de célébrer la messe. Les marguilliers de saint Eloi de Noyon empêchés à cette date vinrent nombreux aux ostensions de Limoges, logèrent à Solignac et furent heureux de faire pèlerinage à Chaptelat.

      Ostensions de 1988 : le 17 juin précédées d’une mission tournante de ferme en ferme dans la paroisse. Présidées par Mgr Guftlet évêque de Limoges et Mgr Soulier son coadjuteur, elles revêtaient un éclat particulier en raison de la célébration du 1400ème anniversaire de la naissance à Chaptelat de Saint Eloi. La messe fut célébrée comme précédemment à Sourue, en présence d’une foule importante, des confréries limousines avec le président de leur fédération, des confréries de Limoges: Saint Fiacre, Saint Loup, Saint Aurélien, Saint Martial et les porteurs de la chasse, avec leurs bayles, leurs présidents ou syndics. Une importante délégation des confréries du Nord et de l’étranger vinrent honorer saint Eloi. Ils furent logés à l’abbaye de Solignac, heureux d’y retrouver une fois de plus l’œuvre de saint Eloi. Nous citerons: les Marguilliers de saint Eloi de Noyon, les Charitables de Béthune, les confréries Belges : Antwerpen = Anvers, Meise, et allemande : Viersen-Dulken. Après la fête religieuse, réunion à Chaptelat pour un vin d’honneur offert par la municipalité et déjeuner en commun dans la salle des fêtes. Leur rencontre de 1988 avec les confréries de saint Eloi, valut à trois délégués limousins intronisés Marguilliers de saint Eloi de Noyon, de participer avec un groupe de Limousins, aux fêtes de Noyon qui célébraient la signature de la charte de la Fédération Européenne des confréries de saint Eloi C.E.E ».

M. Charruyer.

 

 

 

 

 

Ostensions de Chaptelat en  1988

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ostensions de Chaptelat en 1995

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Ostensions de Chaptelat en 2002